Retour sur la cérémonie des vœux 2020

Cérémonie des Vœux d’Éric ALAUZET

25 janvier 2020 à 11h

Mamirolle

Monsieur le Maire Daniel HUOT et l’ensemble de l’équipe municipale qui avez la gentillesse de nous accueillir, 

Mesdames et Messieurs les Elus, 

Mesdames et Messieurs les représentants associatifs,

Mesdames et Messieurs les représentants des corps constitués de l’armée, de la gendarmerie, de la police et des pompiers, de la sécurité civile,

Mesdames, messieurs

Chers amis,

Ici, à Mamirolle qui possède une entreprise horlogère fondée en 1780 (Prêtre et fils), nous ne pouvons l’ignorer : rien n’arrête la course du temps ! Après Novillars, Nancray, Tarcenay, Geneuille, Montfaucon, Chalezeule, nous voici réunis ce jour à Mamirolle pour ma 7ème cérémonie des vœux .

Si rien n’arrête la course du temps, la tradition a du bon. Comme chaque année, c’est toujours un plaisir que de partager avec vous ce moment privilégié d’échange, de convivialité et - je l’espère -d’amitié et de fraternité. Je veux vous souhaiter, à toutes à et tous une excellente nouvelle année.

Permettez-moi néanmoins de faire une petite entorse à la tradition. Vous en comprendrez aisément la raison. Elle est liée au scrutin municipal prochain qui incite à une certaine retenue dans l’expression.  C’est pourquoi je serai plus court cette année (je vois déjà des lueurs de joie dans les yeux !) et vous épargnerai le bilan détaillé de mon action durant l’année 2019. Celles et ceux qui en seraient déçus pourront toujours se reporter à ma lettre d’actualité hebdomadaire qui vous a tenus régulièrement informés de mon activité.

Une année d’intense activité dont… je ne ferai pourtant pas le bilan !

Et pourtant, j’aurais aimé évoquer avec vous quelques sujets qui me tiennent particulièrement à cœur et pour lesquels nous avançons, même s’il reste encore beaucoup à faire. Par exemple :

- Sur des sujets de société majeurs comme la lutte contre les violences faites aux femmes (NL 18 octobre) ou la loi en faveur de la bioéthique et de la PMA ; alors que dans le même temps, Donald Trump était hier le premier président américain à participer à une marche contre l’avortement ! 

- Mais aussi sur des dossiers économiques comme la taxe sur les GAFA, qui certes vient d’être suspendue face aux menaces de rétorsion du même Donald Trump. Cet exemple montre aux adeptes du « ya qu’à faut qu’on » et aux donneurs de leçons permanentes que non, dans un monde globalisé, la France seule ne peut pas tout. Elle peut entrainer, inciter et donner l’exemple mais elle doit aussi se confronter au réel qui n’est pas toujours le monde idéal que nous souhaitons tous. Il faut se battre au quotidien pour y parvenir, mais tous ceux qui vendent du rêve en proclamant que tout est possible trompent sciemment nos concitoyens. Je repense à la déclaration tant critiquée en septembre 1999 de Lionel Jospin, alors Premier ministre, « il ne faut pas tout attendre de l’Etat ». En 2009 dans son essai « droit d’inventaires », François Hollande écrivait : « cette formule était juste (…). Cette déclaration n’était pas un renoncement ». Elle incarnait « une éthique de la responsabilité ». Vous l’aurez compris je partage pleinement ce point de vue, même si cela déplait à certains…ceux qui restent cantonnés à la logique protestataire. C’est confortable. On critique, on attaque, mais on ne met jamais les mains dans le cambouis. Et surtout, on voudrait faire oublier que les défis auxquels nous sommes confrontés s’inscrivent dans une dimension internationale et planétaire, qui se traduit par l’avidité et l’accaparement sans vergogne des richesses par quelques-uns.

- J’aurais pu vous parler de la prise de conscience salutaire et désormais partagée de l’urgence écologique, mon combat de 30 ans.

- J’aurais pu aussi vous expliquer le sens de mon abstention sur la loi « anti-casseurs » et de mon opposition au CETA, qui témoignent de mon esprit libre.

C’est frustrant, mais je ne vous parlerai pas de tout cela. De même que je ne vais pas chercher à vous convaincre que tout va bien dans le meilleur des mondes, ce qui serait quelque peu abusif, même si nous pouvons convenir qu’il y a pourtant quelques raisons d’espérer, si on veut bien tenter de raisonner sur des faits objectifs et avérés. J’en veux pour preuve :

- La diminution du chômage, ce terrible fléau endémique depuis les années 70 qu’aucun gouvernement ne parvient à endiguer ;

- La bonne tenue de l’économie française avec un taux de croissance satisfaisant, un enthousiasme pour la création d’entreprises, un record historique du nombre d’apprentis, une augmentation du nombre d’emplois industriels que l’on n’avait pas connu depuis longtemps, un excellent cru pour le tourisme…

- La baisse de la fiscalité, et notamment la taxe d’habitation, un impôt injuste et obsolète. Faut-il le rappeler : la taxe d’habitation est définitivement supprimée cette année pour 80% des ménages, après avoir été allégé de 30% en 2018 puis de 65% en 2019 ; étant entendu que plus aucun foyer ne paiera de taxe d’habitation en 2023.

- La baisse également de la fiscalité sur les revenus, concentrée principalement sur les tranches à 15% et à un moindre degré sur celle à 30%

Echange sur le climat social

Et pourtant, malgré ces motifs de satisfaction bien réels, notre pays traverse une crise sociale aiguë, tout aussi réelle, qui met à mal la cohésion de notre Nation « de plus en plus divisée, de plus en plus éclatée, de plus en plus fragmentée » pour reprendre les termes de Jérôme FOURQUET dans son dernier ouvrage « l’archipel français ». 

Plus inquiétant, ces phénomènes touchent en réalité l’ensemble des sociétés mondiales.

Pouvons-nous prendre quelques instants ensemble pour échanger sereinement et nous interroger sans concession sur cette crise sociale qui perdure depuis novembre 2018. On peut l’avoir oublié :  à l’origine de la première manifestation le samedi 17 novembre, un appel à la grève des consommateurs. Le « ras-le-bol fiscal », la défense du pouvoir d’achat et les difficultés pour finir les fins de mois constituaient la colonne vertébrale du mouvement. Des préoccupations et des revendications légitimes, qu’il convenait d’entendre et de prendre en considération, bien qu’elle fut déclenchée pour la bonne cause, l’augmentation de la taxe carbone dont la trajectoire avait été accélérée par Nicolas Hulot avec l’accord du Président de la République.

Souvenez-vous, l’année dernière à la même époque lors de mes vœux, précisément le 26 janvier à Chalezeule, nous avions accueilli des personnes issues des gilets jaunes. Je leur avais volontiers donné la parole pour qu’ils expriment leurs revendications et doléances. Nombreux étaient restés ensuite pour partager le verre de l’amitié. Et je crois que s’étaient instaurés de vrais instants de dialogues sincères et constructifs entre les uns et les autres ; parce que régnait une écoute des uns et des autres et un respect mutuel et réciproque, malgré les désaccords.

Depuis, et au fil des mois, la situation est devenue plus complexe. A côté des manifestants pacifistes, - la grande majorité -, s’est greffée une minorité de casseurs et d’activistes. La réforme des retraites -j’y reviens dans un instant - a redonné vie à un mouvement qui s’étiolait alors que 17 milliards par an ont été consacrés à répondre aux situations les plus difficiles. Il faut remonter très très loin pour retrouver un tel effort financier du Gouvernement.  

Reconstruire un Etat providence

Parmi les multiples tentatives d’explication, je voudrais citer celle de la philosophe Cynthia FLEURY qui m’a particulièrement séduite, sans doute parce que je suis tout à la fois médecin et élu. Invitée de l’émission « le Quotidien » du 13 janvier dernier, elle établissait une comparaison entre la santé et la démocratie. 

« La santé -disait-elle- ce n’est pas l’absence de maladie, c’est un état de bien-être, physique, psychique, social et environnemental. La santé, c’est tomber malade et s’en relever », du fait de la vitalité de l’organisme et de la confiance en soi. En comparaison, la crise actuelle apparaît en réalité telle une maladie chronique traduisant une perte de cette vitalité accompagnée d’une perte de confiance en la démocratie. Il y a une condition déceptive, inhérente à la démocratie. « On est naturellement déçu de la démocratie. Parce qu’on espère beaucoup ». Ou parce que l’on exige d’elle qu’elle satisfasse toutes nos exigences ? « Nous sommes dans un horizon d’attente immense. On a un hiatus assez fort entre le rêve et l’état social qui est le nôtre aujourd’hui ». S’ensuivent « des insatisfactions et des frustrations. Et puis on va essayer d’élaborer des solutions communes ».

Cette analyse est pertinente. A l’évidence, nous arrivons à la fin d’un cycle sans réussir encore à construire des solutions communes et partagées. A la question posée par le média en ligne ma commune ; « quel est votre modèle politique, », je répondais : « il est à venir ». La question essentielle me semble-t-il est la suivante : « comment réinventer l’Etat providence et protecteur, une protection qui doit évidemment inclure cet l’enjeu climatique et celui de la biodiversité ?   Dans un moment où l’individualisme conduit au refus de tout projet collectif, et dans une période où la vie en commun est mise à mal par la recherche systématique de bouc émissaire (à ce propos, relisez la saga Malaussène de Daniel Pennac, c’est salutaire) ? C’est la question !! Finalement les gouvernements, quels qu’ils soient, sont soumis à la même injonction paradoxale : on veut en même temps plus de services publics et moins d’impôts, plus de liberté et plus de contrôles, la transition écologique radicale mais pour les autres et douce pour soi. L’équation, vous en conviendrez avec moi, n’est pas facile à résoudre.

La réforme des retraites est au cœur de ces contradictions

Je veux le dire très clairement : il est normal qu’une réforme aussi importante suscite des interrogations, des craintes, des revendications, des manifestations et des mouvements de grève. C’est une saine expression de notre démocratie, ce qui suppose évidemment d’en respecter les principes et en particulier bannir, de part et d’autre, la violence. Ne laissons pas une minorité radicale souffler sur les braises pour, en réalité, tenter de semer le désordre.

Je veux le dire là aussi très clairement : l’opposition, la contestation, la manifestation, oui, parce que c’est constitutif de notre démocratie et de nos libertés ! L’agression et l’appel à l’émeute, non. Je condamne avec la plus grande fermeté ces actes antidémocratiques et ces attitudes irresponsables, comme envahir avec force le siège parisien d’un grand syndicat réformiste ; ou encore les coupures sauvages d’électricité. Je condamne avec force les dérapages verbaux et physiques. L’intimidation, d’où qu’elle vienne, n’est pas acceptable. 

Je veux le dire tout aussi nettement : même si des évolutions et des compromis sont nécessaires pour parvenir au bon point d’équilibre, notamment sur l’âge pivot, sur les critères de pénibilité, sur la situation particulière des enseignants, ne pas faire cette réforme serait irresponsable en laissant une nouvelle fois la responsabilité aux suivants, donnant une nouvelle fois raison à la prophétie de Michel Rocard.  Pourtant, on ne peut pas indéfiniment mettre la poussière sous le tapis. Ayons le courage de le dire. Reconnaissons aussi que cette réforme était attendue puisque le Président de la République avait proposé la mise en place du régime universel lorsqu’il était candidat à l’élection présidentielle. 

Un constat que nous pouvons tirer : contrairement aux grandes démocraties du Nord de l’Europe, notre pays n’a pas la culture de la négociation, et moins encore de la cogestion. Aussi, sur toutes les grandes réformes, la même pièce en 3 actes se répète depuis des décennies :

- Acte 1 : l’Etat concerte et présente son projet

- Acte 2 : le projet déclenche une confrontation plus ou moins dure et plus ou moins longue

- Acte 3 : les négociations s’engagent enfin.

Puisque la période s’y prête, je formule un vœu : que notre Nation s’épargne les 2 premiers actes pour passer directement au 3ème. La pièce n’en serait que plus belle et nous aurions tout à y gagner collectivement.

Avant de conclure…

…j’avais envie de vous lire 2 citations qui, prononcées à 1800 années d’écart, résonnent à l’unisson dans la période tourmentée qui est la nôtre. Elles expriment toutes deux l’idée que la volonté d’agir et l’ambition, si elles sont partagées, peuvent faire espérer un monde meilleur. 

- L’empereur romain et philosophe Marc Aurèle : « Que la force soit donnée de supporter ce qui ne peut être changé et le courage de changer ce qui peut l'être mais aussi la sagesse de distinguer l'un de l'autre ». 

- Albert Jacquard : « Contre le pessimisme désespéré et l’optimisme satisfait, la seule certitude raisonnable est le volontarisme ».

Je voudrais aussi citer Jean Jaurès lorsqu’il dit que « Le courage, c’est d’agir pour les grandes causes comme pour les petites causes, sans savoir quelle récompense nous réserve l’univers profond, ni même s’il en réserve une ».

C’est ce que j’essaye de faire modestement dans l’exercice de mon mandat en mêlant les valeurs au pragmatisme, sans craindre d’évoluer. Ma plus grande fierté : effectuer mon travail de législateur à Paris tout en restant un député de proximité. Cette disponibilité pour tous, je la revendique. Je la considère comme une vraie richesse qui permet d’être en prise avec la vie réelle. Aussi suis-je à l’écoute des différents interlocuteurs qui me sollicitent : organisations patronales et syndicales, élus, associations, mais aussi citoyens qui ont besoin de mon aide pour des difficultés dans leur vie quotidienne. Je tiens à conserver personnellement ces rendez-vous à ma permanence avec les habitants, et non pas à les confier systématiquement à mes assistants parlementaires. Ma plus grande des satisfactions est de parvenir à trouver une solution aux problèmes de chacun, ce qui, je l’avoue humblement, n’est hélas pas toujours le cas.

Ma conclusion, je veux la dédier à l’engagement des élus et des responsables associatifs.

Plus encore en cette nouvelle année qui constitue pour certains élus un moment bien particulier puisqu’ils ont choisi de ne pas se représenter en mars prochain.

Je veux leur rendre un hommage appuyé et mérité. Être élu municipal, conseiller, adjoint ou maire, c’est un engagement quotidien au service de l’intérêt général et en faveur du bien-être de ses concitoyens. La tâche est passionnante, mais exigeante et souvent difficile, reconnaissons-le. Il est sans doute plus difficile d’exercer aujourd’hui cette mission que par le passé. La loi « Engagement et Proximité », qui vient tout juste d’être adoptée, vise à revaloriser la commune et l’élu en les remettant au cœur de notre démocratie. Formulons le vœu, -là encore c’est le moment -, qu’elle permette d’encourager les vocations et que d’autres oseront reprendre le flambeau !

Je veux aussi remercier ma suppléante, Michèle De Wilde. Je sais la chance qui est la mienne de l’avoir à mes côtés.

Je veux aussi dire merci à mon épouse, Dominique, qui chaque jour me supporte, … dans les 2 sens du terme ! Les conjoint(e)s d’élu(e)s ici présent(e)s comprendront de quoi je parle. Alors qu’il est de bon ton de dénigrer les élus, les conjoints sont sans doute les mieux placés pour témoigner de l’engagement permanent et du travail assumé par les élus, toutes sensibilités confondues. 

J’en profite pour remercier Joseph Pinard qui dans son dernier ouvrage « la preuve par neuf : le parcours exemplaire de neuf élus francs-comtois », retrace l’action de grandes figures politiques de droite, du centre et de gauche, de gauche, du centre et de droite. Il réhabilite à juste titre la noblesse que constitue l’engagement politique. 

Je vous renouvelle tous mes souhaits de bonne et heureuse année 2020, à la hauteur de vos espérances, riche vitalité et de projets, de douceur et de chaleur. Je vous souhaite de concrétiser vos projets, qu’ils soient professionnels, associatifs ou personnels, et de vous épanouir.

Partageons maintenant le verre de l’amitié et le buffet que nous a préparé Mohamed Morabet, du salon de thé El Feddane rue Battant à Besançon.